The Hamilton Spectator : La vieille habitude du Parti libéral de blâmer les électeurs au lieu de les écouter doit cesser

Publications originales : Le Hamilton Spectator
22 avril 2025
Par le Dr Yaser Haddara, président du conseil d'administration du CMPAC, The Hamilton Spectator
En 2015, Justin Trudeau a mené les libéraux de la troisième place à un gouvernement majoritaire. Mais à peine un an après son entrée en fonction, il a rompu l'une de ses promesses phares : la réforme électorale.
Ce genre d'orgueil a longtemps été le point faible du Parti libéral — une croyance profonde selon laquelle l'ordre politique naturel du Canada repose sur le règne libéral. Lorsque les électeurs se retournent contre eux, leur réflexe n'est pas de réfléchir, mais de blâmer. Le message devient alors : vous le regretterez.
Nous avons vu des nuances de cette attitude ailleurs.
En 2016, Hillary Clinton avait qualifié de « panier de déplorables » les millions d'Américains soutenant son adversaire. Elle a perdu cette élection. Face aux manifestants pro-palestiniens, Kamala Harris a répondu : « Si vous voulez la victoire de Donald Trump, dites-le. » C'est une stratégie paresseuse : exiger du soutien en prévenant que l'alternative est pire.
Et au Canada, le réflexe de rabaisser plutôt que d’écouter a refait surface à maintes reprises.
En ce qui concerne la taxe sur le carbone, les ministres libéraux ont souvent ignoré les préoccupations des populations rurales et de la classe ouvrière, suggérant que les critiques « ne comprennent pas comment cela fonctionne » ou sont « mal informés ».
Même certains députés libéraux admettent que les électeurs en ont assez d'être pris de haut. Un député a récemment reconnu que beaucoup en avaient tout simplement assez d'être sermonnés.
Déjà, lors de cette élection fédérale, certains signes montrent que cet état d'esprit s'infiltre dans la campagne de Carney. Avec des sondages de plus en plus serrés, chaque vote doit être mérité, et non présumé.
Pierre Poilievre a pratiquement ignoré les musulmans canadiens. Mark Carney est peut-être plus poli, mais sa campagne semble tout aussi réticente à engager un dialogue constructif.
Pourtant, les musulmans canadiens ne sont pas différents des autres électeurs. L'accessibilité financière, le logement, les soins de santé et le rôle du Canada dans un monde de plus en plus instable nous tiennent profondément à cœur. Nous voulons un gouvernement qui favorise la réconciliation avec les peuples autochtones, qui prend des mesures décisives face à la crise climatique, qui s'attaque à la montée de l'islamophobie, qui est prêt à contester les lois discriminatoires comme la loi 21 au Québec et qui défend les droits de la personne, que ce soit en Ukraine, au Soudan ou à Gaza.
Concernant Gaza en particulier, nos préoccupations ne sont pas isolées. Elles reflètent les convictions de millions de Canadiens, dont de nombreux partisans libéraux. Un sondage commandé par le Conseil national des musulmans canadiens révèle qu'une nette majorité de Canadiens, toutes provinces et tous partis confondus, sont profondément préoccupés par la catastrophe humanitaire à Gaza. Ils veulent des actes, pas des platitudes.
Cela signifie suspendre les exportations d’armes vers Israël et soutenir la responsabilité internationale – y compris les mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale contre Benjamin Netanyahu et Yoav Gallant.
Ces revendications ne sont pas marginales. Sept électeurs libéraux sur dix sont favorables à la reconnaissance par le Canada du mandat d'arrêt de la CPI. Pourtant, malgré des voix courageuses au sein du caucus libéral, l'instinct de la campagne de Carney semble pencher vers le rejet et la déviation.
Lors d'un récent rassemblement, lorsqu'on lui a demandé : « Qu'en est-il des enfants de Gaza ? », Carney a répondu non pas avec empathie, mais avec sarcasme. « Très intelligent », a-t-il répété à maintes reprises.
Soyons clairs : la communauté musulmane n’a pas rejeté le Parti libéral. Au contraire, nous avons choisi de soutenir des candidats libéraux courageux, à l’écoute, engagés et engagés. L’existence de telles voix contraste avec l’approche guindée et figée des anciens dirigeants et du Parti conservateur actuel.
C’est une évolution prometteuse.
La question pour Carney est la suivante : s’il gagne, ces voix indépendantes au sein du caucus libéral façonneront-elles l’éthique de son gouvernement ? Ou seront-elles mises à l’écart ?
Si Carney et les libéraux choisissent d'ignorer ou de minimiser les préoccupations légitimes des électeurs – notamment sur les questions de vie ou de mort – et de marginaliser les voix courageuses qui s'expriment dans leurs propres rangs, ils risquent de s'aliéner les électeurs comme l'ont fait les démocrates aux États-Unis. Ils pourraient bien perdre cette élection.
Et si cela se produit, se retourner pour blâmer les électeurs ne serait pas, pour reprendre une expression, très intelligent.
